Masterclass Re-made in France, Made in France x économie circulaire, au cœur de la relance

Et si l’économie circulaire pouvait sauver la France ?

C’est la question posée par Caroline Bianzina du cabinet LeherpeurParis lors de la Masterclass « Re-made in France » qui a eu lieu sur le salon le 1er septembre dernier. Pour y répondre, Caroline Bianzina, a invité 5 acteurs du fabriqué en France : Anaïs Dautais Warmel, Fondatrice de Les Récupérables, Thomas Huriez, Président de 1083, Benjamin Malatrait, Président cofondateur de Ictyos, Bruno Nahan, Président-CEO de Bugis et Marc Pradal, Président Directeur Général de Kiplay.

re-made

Caroline le rappelle, l’économie circulaire est sur toutes les lèvres. Des consommateurs qui réclament plus de transparence, des institutions qui s’emparent du sujet (avec la Loi anti-gaspillage sur l’interdiction de destruction des invendus), des acteurs de la filière qui souhaitent [re]donner du sens à leurs productions.

Qu’est-ce que l’économie circulaire ? C’est le fait de produire des biens et des services de manière durable en limitant la consommation et le gaspillage des ressources et la production de déchets. A ce sujet, Thomas Huriez est plus radical « l’économie circulaire, pour nous, c’est d’enlever la poubelle, ce n’est pas de la retarder ».

Et le constat s’impose : le modèle linéaire : extraire, fabriquer, consommer, jeter, n’est plus soutenable, et ce n’est plus ce que souhaite les consommateurs. Et quand bien même on parlerait de recyclage, le cycle n’est pas toujours vertueux : « Faire un produit recyclé qui fait 3 fois le tour de la terre ça n’a aucun sens ! » explique Thomas Huriez.

Alors comment envisager ce made in à l’infini ? La relance dépend-elle d’un mariage réussi entre relocalisation et économie circulaire ?

Il est temps d’entrer dans une nouvelle logique de filière et de reconfigurer une chaine de valeurs portée par des écosystèmes locaux et responsables pour le produit. « Nous devons jouer sur une logique de filière de l’amont à l’aval pour une mode éco-responsable, c’est la voie de la différenciation » nous dit Bruno Nahan.

Et la crise du Covid-19 a appuyé sur cette nécessité de fluidifier la filière : de la fabrication, à la distribution, au consommateur. Et Bruno Nahan d’ajouter : « Cette crise a montré que nous avions été trop loin dans la spécialisation économique de chaque pays / continent. Nous avons besoin en France d’un minimum de structures industrielles. »

Made with rests, for the best
La valeur ajoutée de la valeur recyclée en France

« On est arrivé au bout de cette surproduction textile, on voit les excès de la fast fashion, que le système est aujourd’hui à bout de souffle. » analyse Caroline Bianzina

Et de fait, aujourd’hui, ce sont 60 milliards de m2 de textiles qui sont gaspillés (perdus à la découpe) par an. Soit 15% de la production mondiale annuelle de textile ! * « Le propos des Récupérables c’est : arrêter l’hémorragie. » déclare Anaïs Dautais Warmel.

(Re)penser le cycle du prêt-à-porter au prêt-à-durer

L’économie circulaire se met au service d’une nouvelle chaîne de valeur où l’ensemble des composants du produit peuvent être réintégrés sans fin.

(Re)sourcing in France

« Il y a assez de fibres pour habiller 4 générations de 12 milliards d’habitants sans en produire de supplémentaires » L’Obs

Il y a donc une vraie légitimité à privilégier l’approvisionnement en matières premières à partir de matières déjà existantes. A l’instar d’Anaïs Dautais Warmel qui « pour [s]’approvisionner, récupère des matières non conformes, du linge de maison vintage via Le Relais et des fonds de rouleaux des marques. »

(Re)ssources de qualité 

Pour créer un produit durable, la qualité des matières est essentielle. « Le produit doit être durable ! Le cuir est un produit qui s’anoblit dans le temps. » Benjamin Malatrait

Et comme le souligne Marc Pradal « La jeunesse a envie d’économie circulaire parce qu’elle a envie de retrouver des matières anciennes. » Alors, les acteurs exigeants sur la qualité des matières, revoient la géographie de leurs approvisionnements car la France est synonyme de qualité.

(Re)programmer l’obsolescence avec la seconde main

Le marché des vêtements d’occasion a augmenté 21 fois plus rapidement que la vente de textile de première main sur les 3 dernières années. En 2019, le marché de la seconde main en France est estimé à 1 milliard d’euros, sur un marché de mode et luxe global estimé à 47 milliards (en chiffre d’affaire).

The less, made the best
Faire mieux avec moins

Selon un rapport de la Fondation Ellen MacArthur, l’économie circulaire pourrait permettre à l’Europe de générer un bénéfice net de 1 800 milliards d’euros d’ici 2030, soit 900 milliards d’euros de plus qu’en suivant le modèle de l’économie actuelle.

(Re)penser / (Re)valoriser la chaîne de valeur

Un modèle économiquement rentable puisqu’en reconsidérant toute la chaîne de valeur, on trouve des équilibres via une optimisation des coûts sur l’approvisionnement des matières premières, sur le transport et la gestion des flux et des déchets. Une géographie de l’approvisionnement à ne pas négliger puisque comme nous le dit Bruno Nahan « la crise du Covid a montré la nécessité de revoir les sources d’approvisionnement, de travailler sur la traçabilité des produits. »

Et il ne faut pas sous-estimer la valeur ajoutée pour l’image de marque, porteuse de valeurs pérennes pour un consommateur en mal de sens. A l’instar de Thomas Huriez pour qui « 1083 ce n’est pas une identité produit, c’est une démarche de transparence, d’ouverture, de diversification et de partage. »

En effet, c’est un enjeu clé. Ce qu’attendent les consommateurs ? Une mise en valeur sincère de la chaine de valeur. Ils veulent une philosophie de la part des acteurs économiques.

Preuve en est, les applaudissements récoltés par Bruno Nahan lorsqu’il déclare : « Ce sont des mouvements de fond. Les grandes marques ne peuvent pas l’ignorer. On demande des marques qui auront un discours de bienveillance et de sincérité. Pas seulement [des marques qui mettront] des millions et des millions en sponsoring avec la dernière star du showbiz ou le dernier sportif [en pensant] que c’est suffisant pour capitaliser sur sa marque et entretenir une sorte de flou. Les industriels ne peuvent plus jouer sur la culture du secret. »

Il faut clairement expliquer d’où viennent les produits, où ils sont faits et à charge à la société civile de faire son choix.

« Aujourd’hui, parler avec sincérité est aussi important que le produit lui-même. » nous rappelle Caroline Bianzina.

(Re)work in France 

L’économie circulaire, parce qu’elle nécessite de rapprocher les partenaires dans le processus de création, de fabrication, de distribution, permet de créer des emplois locaux, pérennes et non délocalisables.

Et encore mieux, comme le dit Thomas Huriez « le modèle de 1083 est basé sur la proximité. Et quand on est proche de ses conséquences, on agit mieux. L’économie circulaire est la conséquence immédiate de cette logique. »

Produire localement, c’est responsabiliser de manière non moraliste mais émotionnelle.

(Re)distribuer les rôles amont / aval

Bruno Nahan nous le dit : « l’amont doit impulser et rassurer l’aval. » L’amont impulse en menant des recherches sur des nouveaux matériaux recyclés, et rassure l’aval préoccupé par des problématiques de rentabilité au m2.

L’aval quant à lui, poussé par des consommateurs toujours plus exigeants met en place des bonnes pratiques de recyclage.

Et Marc Pradal de compléter : « Nous avons réappris à fabriquer »

(Re)mutualiser

Collaborer. Mutualiser les bonnes pratiques. Investir ensemble sur les projets d’avenir : acteurs, état, institutions et consommateurs.

La collaboration, c’est toute l’histoire de Thomas Huriez : « Le projet MONCOTON est un gros investissement et nous avons besoin de partenaires. Avec Le Slip Français et l’ADEME, nous sommes ouverts à des rencontres. » 

Le projet MONCOTON, un parfait exemple de relocalisation et de circularité

Avec 1083 et Tissage de France, Thomas Huriez et ses partenaires ont déjà relocalisé toutes les étapes de la fabrication d’un jean. Toutes, sauf une, la production de matière première.
« Pour cela, soit, on accélère le réchauffement climatique pour pouvoir produire du coton en France (rires). Soit on produit à partir du vêtement que l’on a sur place. »

« On dispose d’une manne de coton extraordinaire à partir des vieux vêtements ! » Et d’ajouter : « Tout l’enjeu, c’est de concurrencer des millénaires de développement de la culture agricole du coton avec quelques années de R&D intensives et d’industrialisation de production de coton à partir des vieux vêtements. »

Au terme du processus, la production de fibres de coton recyclées, qui une fois filées, nous offrent un fil composé à 100% de vieux jeans recyclés !

Reste encore le problème des fibres courtes (non utilisables pour la création d’un fil) auquel Thomas Huriez apporte déjà une solution : la production d’un fil cellulosique. Un 2ème projet de R&D mené avec Eco TLC.

Et Thomas Huriez de conclure : « Il n’y a rien de plus engageant pour un consommateur que d’avoir la possibilité de ramener un jean et d’en racheter un issu de ce même jean qu’il a ramené ! »

* Source IFM