Chapitre 4 : A la reconquête des territoires

Pascal Gautrand, fondateur de Made in Town et consultant Première Vision reçoit Nadia Bedar, Directrice du projet de candidature Patrimoine de l’humanité auprès de l’UNESCO pour le pays de Millau, Sylvie Bénard, Présidente de Paris Good Fashion et Laurent Vandenbor, Délégué Général Mode Grand Ouest.

On parle ici de la notion de made in France et de son lien à un territoire bien précis. Les territoires jouent un rôle majeur dans l’émergence, le maintien et la transmission des savoir-faire. De l’agriculture à l’industrie en passant par l’artisanat, des filières qui irriguent ces territoires.

territoires

Dans la mode, le produit est souvent associé à un territoire, notamment une ville, qui est le plus souvent le territoire de conception, pas forcément de fabrication.

Sylvie Bénard revient au temps de son expérience chez LVMH, « pour le H », en tant que chercheuse. A l’époque, le cognac est fait localement, les bouteilles sont faites localement (et déjà recyclées !), le tout, dans un écosystème local.

« En somme on essaie de gommer 40 ans pour revenir à cette conception locale, à un écosystème local, à une conception de confiance. »

Paris Good Fashion est née de la rencontre de la mairie de Paris, de Laure du Pavillon et d’Isabelle Lefort. Avec un constat, « on doit être irréprochable pour 2024 ». Il faut alors mettre tous les acteurs de la mode autour de la table et repositionner Paris comme capitale de la mode DURABLE : des grands groupes, des petites marques, des fédérations, des écoles, la ville de Paris, des organisateurs d’événements, des fournisseurs… L’idée ? Créer des synergies. Où est ce qu’on pourrait aller plus vite plus fort ? Quels sont les manques à combler ? Comment les résoudre ensemble ?

Historiquement, le lien entre savoir-faire et territoire est très fort.

On parle de bassins de production (les soieries lyonnaises, les dentelles d’Alençon, puis de Chantilly ou de Calais-Caudry, les mouchoirs de Cholet, les chaussures de Roman…) Les territoires contribuent à créer une renommée sur de nombreux savoir-faire.

Laurent Vandenbor nous parle de la logique de territoire : « un espace où on arrive à installer une logique de continuum pour faire réseau, faire raisonnance, et permettre aux PME d’aller plus rapidement, moins seul. »

Le lien avec Paris est évident, puisque Paris c’est la mode premium, la haute façon. Paris, capitale de la mode mais le grand-ouest, capitale industrielle ! « Il faut que cette relation très forte existe, et il faut continuer de l’alimenter. »

Nadia Bedar évoque la candidature pour le pays de Millau. Comment ces villes moyennes (Millau, le pays de Grace) peuvent contribuer à un rayonnement plus vaste ?

Les territoires doivent porter des valeurs communes, liées à la culture, au service de l’économie. Prenons l’exemple de la candidature du pays de Grace – dont les savoir-faire liés au parfum ont été reconnus au patrimoine de l’humanité en 2018 – et qui défend des savoir-faire locaux et par extension, des savoir-faire nationaux. Quand le local sert le national, pour sauvegarder les savoir-faire.

Le patrimoine culturel immatériel de l’humanité – créée par l’UNESCO en 2003 – permet de sauvegarder des savoir faire (des fêtes, rituels, pratiques sociales…) et d’impliquer un maximum d’acteurs, mutualiser des moyens existants, rassembler. Par exemple sur la candidature de Millau, des praticiens du cuir, des agriculteurs, des mégissiers, des experts de la laine s’associent.

Dans la quête des marques à redonner du sens, à offrir plus qu’un produit, la notion d’éco-responsabilité est très importante.

Avec Paris Good Fashion, l’idée est de créer des synergies, au travers de groupes de travail (sur la laine, la bientraitance animal, l’accompagnement des jeunes marques, les nouvelles technologies…)

Un des projets menés par Paris Good Fashion : la cartographie du Paris durable. A retrouver ici >

Paris Good Fashion, c’est aussi un incubateur de projets. Parmi lesquels, le projet d’une filière lainière 100% française. En effet, aujourd’hui, 80% de la laine française part à l’étranger, sans aucune valorisation ! Alors que tous les acteurs de la chaine de valeur sont sur place, ici, en France.

Avec le projet Tricolor, on retravaille une filière qualitative de la laine. Le projet, mené sur le salon Made in France Première Vision en 2019, a rassemblé les acteurs des territoires concernés : transformateurs, filateurs, confectionneurs, tricoteurs et en partenariat avec 68 marques et créateurs, a créé plus de 130 prototypes, dont une vingtaine ont vu le jour en collection l’hiver dernier.

Quid du rôle de l’attachement au territoire dans le recrutement ?

Laurent Vandendor souligne que sur le territoire ouest, 10 000 personnes ont été recrutées sur 8 ans dans la filière mode industrielle« Repérer les besoins précis de PME, et y apporter une réponse. Et créer un cercle vertueux dans le territoire pour accompagner la croissance des entreprises. »

Sur la territorialité inclusive

Nadia Bedar nous dit « Le territoire porteur de la candidature devient la capitale, presque la capitale mondiale. Les acteurs sont réunis pour être complémentaires, plus concurrentiels. »

Le territoire devient alors inclusif en incluant des acteurs d’autres territoires qui s’y identifient (exemple pour Millau, le Conseil National du Cuir). Les mesures de sauvegarde créée auront un impact, un rayonnement sur les autres territoires.

« On est sur une forte porosité, un rayonnement qui va au-delà d’un espace physique, tout en respectant l’identité territoriale. »

Ces 40 dernières années, on a oublié les notions de proximité, de « bon sens paysans » dixit Yves Jego. N’est-on pas dans un moment de réconciliation ?

Pour Sylvie Bénard : « Le consommateur est essentiel ! »

D’ailleurs, « La consultation citoyenne pour une mode durable » a été lancée ! Elle est ouverte à tous, avec pour objectif l’avis de plus de 100 000 citoyens. « Il faut écouter ce que demandent les citoyens, comprendre leur vision et savoir où on doit s’améliorer et où il y a de la pédagogie à faire. »

Laurent Vandenbor nous invite à « [Redevenir] fiers de faire France ».

Un échange qui se clôturera par « Une déclaration d’amour aux savoir-faire » de Nadia Bedar.