Chapitre 1 : La logique de filière de A à Z

Pour ce premier chapitre des Rencontres du made in France 2020, Pascal Gautrand, fondateur de Made in Town et consultant Première Vision reçoit Eric Boël, Dirigeant Les Tissages de Charlieu et Thomas Huriez, Président de 1083.

En introduction de ce chapitre, Lucas Delattre, Chargé des enseignements liés à la communication, aux médias et au digital à l’Institut Français de la Mode, nous parle des mots qui sont dans l’air du temps : la « relocalisation », la « souveraineté », et la « résilience » bien sûr.

 

La relocalisation, grande thématique de cette édition 2020 de Made in France Première Vision est primordiale, puisque comme le tweet Bruno Lemaire : « La France est le pays qui a le plus délocalisé depuis 30 ans, c’est une erreur ».

La souveraineté, jamais autant utilisée que depuis ces derniers mois.

Et la résilience, bien sûr : la quantité de perturbations qu’un système est capable d’absorber.

Take back control. Réarmer. Le vocabulaire militaire fait son retour. Pour le président, il est temps de réarmer le pays, de réduire notre sino-dépendance.

filière

Alors pour la relocalisation, le retour à la souveraineté, et sur fond de résilience, c’est la logique de filière qui s’impose.

La logique de filière, c’est un rapprochement entre l’amont et l’aval.

C’est insuffler une dynamique pour recréer du lien et dialoguer avec le consommateur.

Eric Boël, Thomas Huriez, ce qu’ils ont en commun ? Le tissage, au sens propre, et au figuré !

Les Tissages de Charlieu, basés à Roanne, regroupent 70 collaborateurs et valorisent l’intrapreneuriat (preuve en est, l’entreprise au sac français recyclé, L’indispensac).

Thomas Huriez, président fondateur de la marque de jeans français 1083, a quant à lui repris en 2018 Valrupt Industries, la filature vosgienne qui a aujourd’hui pris le nom de Tissage de France.

La filière ? L’un la remonte en passant de la distribution à la marque puis à la filature. Pendant que l’autre la descend, en se rapprochant du consommateur.

Eric Boël nous parle d’un écosystème basé sur des liens pérennes. Un écosystème qui signifie « équilibre de prospérité réciproque ». Or, vit-on là-dedans aujourd’hui ? « En tout cas, c’est comme ça, qu’on a envie de vivre ce monde d’après ». Au plus proche de la perma-économie, une économie inspirée de la permaculture (« prendre soin de la terre, des hommes, partager équitablement les ressources »).

Quand on parle de souveraineté

Eric Boël rappelle qu’avec le masque, on a prouvé en un mois et demi qu’on était capable de reconquérir notre souveraineté en fabriquant 50 millions de masques lavables par semaine. « Notre pays a une capacité de résilience exceptionnelle« .

Mais, comment continuer à nourrir cette envie de souveraineté industrielle ?

A propos des masques, Thomas Huriez nous parle d’une chaîne d’entraide, de solidarité : « Au départ, on a utilisé le tissu des poches de nos jeans pour faire des masques ». Un premier effort pour la première ligne qui a dû se structurer en véritable chaîne de production au déconfinement quand les collectivités ont sollicité l’aide du tissu industriel local pour fournir des masques aux habitants.

Même si cette crise a révélé « qu’on est un colosse aux pieds d’argile. Elle a aussi permis de valoriser la filière et nos équipes, et a montré ce que l’on peut faire quand on est un peu plus unis ».

« On a redonné du sens, de la fierté à la filière textile française. Enfin la France reconnait son utilité. »

« Et cela a permis à cette filière d’ENFIN travailler ensemble : c’est le projet de Savoir Faire Ensemble. Et ça laisse augurer de jours heureux. »

Aujourd’hui, l’objectif de Thomas Huriez avec 1083 et Tissage de France, c’est d’être 100% made in France. L’équipe a déjà relocalisé 7 des 8 étapes de la production du jeans (tout sauf la production de coton). Thomas Huriez nous parle du défi que représente la production du coton. Il travaille déjà à un recyclage de fibres avec le projet Moncoton qu’il a initié avec le Slip français.

Chez Tissages de Charlieu, 40% des achats de fil sont des fibres issues de tissus recyclés ou des fibres françaises telles que lin et chanvre. Pour Eric Boël, les deux circuits du fil recyclé à développer en France : « le Polyester bouteille et les chutes de confection ».

En effet, le grand sujet aujourd’hui, c’est l’économie circulaire

(quand 600 000 tonnes de textiles sont consommées chaque année en France). « On en est aux balbutiements, à nous de trouver les solutions ensemble pour mettre en place des filières locales ET respectueuses » souligne Eric Boël.

Avec Alter-tex, un collectif de PME engagées dans le développement durable, Eric Boël travaille sur l’affichage environnemental et tend à prouver que le sourcing de proximité (France / Proche Europe / Euromed) divise par deux l’impact environnemental de nos industries textiles.

« Notre industrie doit produire pour le plus grand nombre et pas seulement des produits à haute valeur ajoutée qui ne sont pas accessibles à tous. »

L’objectif ? Produire localement ce qu’on consomme localement.

Pour Thomas Huriez : « 88 millions de jeans sont consommés chaque année en France. Il faudrait arriver à en consommer 15 millions de moins ».

Comment y parvenir ? En sur-engageant le consommateur, c’est lui le principal acteur. « Et on peut économiser 13 à 17 euros de publicité pour chaque jean produit en impliquant le consommateur directement à travers les visites d’usines, la rencontre avec les ouvriers, et sans passer par Google ou Facebook. »

La logique de filière pousse jusqu’à ce que le client devienne collaborateur.

Quand on en vient aux challenges du futur

Eric Boël et Thomas Huriez nous parlent de creuser plus encore le sillon de cette perma-économie, de créer des liens encore plus étroits avec les consommateurs, de valoriser l’éco-responsabilité des produits (par la traçabilité, le score carbone), et surtout, de donner du sens.

Et quand on parle du lien entre le pays et la qualité, Thomas Huriez oppose : « tout est possible ! Le bon comme le moins bon ! On peut faire de la mauvaise qualité en France et de la bonne qualité au Bangladesh. Mais la proximité engage à faire mieux, car on se connait. »