Sylvie Ebel, IFM « Le motto des jeunes générations, penser et produire local »

Depuis 2017, l’IFM – Institut Français de la Mode – et Made in France Première Vision organisent à l’occasion du salon une série de conférences autour des enjeux stratégiques de la filière. Des rencontres qui s’inscrivent dans un partenariat de longue date entre les deux institutions.

Explications avec Sylvie Ebel, directrice générale adjointe de l’IFM.

 

L’IFM et Made in France Première Vision semblent très liés. Qu’avez vous en commun ?

Nos deux maisons entretiennent un compagnonnage naturel car elles partagent de nombreuses valeurs. Et tout d’abord un même objectif : la valorisation du Made in France, avec la conviction que celle-ci passe par une sensibilisation des jeunes générations. Les futurs professionnels du secteur doivent être conscients de la richesse et des enjeux de la production locale.

Grâce aux multiples collaborations tissées avec Made in France Première Vision, nos étudiants ont l’opportunité de découvrir les différentes filières de fabrication, et ceci très tôt dans leur cursus.

 

Tous vos étudiants sont concernés par cette sensibilisation ?

Tous ! Elle implique ceux qui se destinent à la création mais elle est également fondamentale pour les étudiants en management, dont beaucoup seront demain à la tête d’entreprises françaises -notamment des maisons de luxe- et interviendront au titre de donneurs d’ordre.

Pour être le plus efficace, nous cherchons, de façon très pragmatique, à mettre en avant les « best practices ». Le made in France répond, aujourd’hui, à de nombreux besoins mais il ne peut s’appliquer à tous les projets. Nos étudiants apprennent ce qui marche, et ce qui fonctionne moins bien. Pour cela, nous les emmenons dans le concret de la production, des filières et des produits. Cette découverte leur permet de passer d’une certaine forme d’utopie à la réalité et cette prise de conscience est essentielle pour le succès de nos jeunes entreprises. Par ailleurs, l’imprégnation leur offre l’occasion de se constituer un véritable réseau. Ces liens avec les fabricants se révèleront très utiles tout au long de leur carrière.

 

Quels sont vos principaux partenariats avec le salon ?

Nos cursus comprennent notamment un cycle post-graduel de création de mode, ambitieux programme de formation à la création pour nos étudiants en master. Dans ce cadre, nous travaillons étroitement avec Made in France Première Vision pour permettre à nos étudiants de découvrir l’univers de la production, et ceci de façon très concrète puisqu’ils sont invités à réaliser des prototypes avec des

façonniers français. Ces travaux sont ensuite présentés au public ; soit sur les stands des fabricants à l’occasion du salon, soit dans le cadre d’exposition spécifique. Par ailleurs, nous avons créé en 2015 la chaire « IFM & Première Vision », avec l’objectif d’encourager une recherche de haut niveau en matière d’économie des matières créatives pour la mode. Dans ce contexte, nous avons mis en place un baromètre qui enregistre l’activité des exposants (dans les domaines du textile, de la maroquinerie…) et leur développement. Nous consacrons aussi beaucoup de temps de recherche aux pratiques et à la dynamique du sourcing.

Les conférences initiées pour la deuxième année ans au cœur même du salon s’inscrivent dans le droit fil de ce partenariat…

Elles en constituent une composante essentielle et signe d’ailleurs notre compagnonnage puisqu’elles sont pilotées par Pascal Gautrand -consultant pour Made in France Première Vision- un ancien de l’IFM, ce qui nous donne l’impression d’être en famille ! Plus sérieusement, ces conférences se révèlent très précieuses car elles permettent de réfléchir en commun aux enjeux de la filière, sachant que le grand défi tient évidemment à l’innovation. Comment le made in France peut-il intégrer le nouveau modèle 4.0 ? Comment la digitalisation qui envahit tous les secteurs-de la fabrication aux modes de distribution- peut elle se révéler un atout ? Avec le rappel d’une certitude : il n’y a ni mode, ni création, sans fabrication.

 

Et une nouveauté cette année puisque vos étudiants se sont investis de façon particulière….

Pour cette édition, nos élèves se sont impliqués dans l’aventure en participant directement à l’organisation de ces conférences, ce qui induit un champ très vaste d’interventions : proposition des différents thèmes, choix des intervenants, déroulement de l’événement… C’est pour eux une façon très créative d’entrer de plain-pied dans les coulisses du secteur, en étant acteur et non auditeur passif.

 

Vous sentez vos élèves impliqués dans le made in France ?

Plus que jamais ! Cette nouvelle génération est dans une quête de sens et à l’Ifm, cela se traduit par un grand intérêt pour une production durable et raisonnée. Le motto de nos étudiants ? Penser et fabriquer local. Ce qui impose de réfléchir à la préservation de nos savoir-faire, mais également à leur capacité d’innovation. Cette question est centrale et nous observons que beaucoup de nos anciens élèves développent des projets dans cet esprit. L’une d’entre elles, Deborah Neuberg, a par exemple créé « De bonne facture », une marque de mode masculine très innovante où chaque produit est réalisé avec des savoir-faire français. Cette jeune créatrice est une pionnière mais elle illustre parfaitement les aspirations de sa génération, à savoir une conscience écologique forte et une volonté de consommer différemment. Le Made in France est désormais une problématique moderne. Et le fait que nos jeunes s’emparent de la question est une très bonne chose car ils vont bousculer la filière, la faire avancer avec de nouveaux outils. Ils sont un aiguillon et leur vision compte. Parce qu’ils sont les futurs acteurs du secteur mais également des futurs consommateurs.

 

Ces rencontres servent également les exposants ?

Tous bénéficient d’une occasion unique de tisser des liens avec les jeunes générations. Plus globalement et grâce à nos conférences, ils ont l’opportunité de prendre de la hauteur par rapport à leur quotidien. D’avoir accès à une expertise qui leur permet de prendre du recul, de formaliser les enjeux et de mieux saisir les évolutions nécessaires. Les exposants nous le disent tous, ces échanges sont très éclairants. Ils offrent une vision, une réflexion sur l’avenir essentielle face à une compétition internationale de plus en plus féroce.


Elles intéressent également un public plus large…

En effet. Rappelons que l’IFM possède en son sein un observatoire économique qui offre une vision à 360° sur les grands enjeux du secteur. Nous dévoilons cette expertise au fil des diverses conférences et tables rondes ouvertes à tous. Et c’est là l’une des grandes forces du salon Made in France Première Vision. Offrir un point de rencontre unique, capable de mettre en lien les futurs créateurs et managers et les exposants qui finalement concourent tous ensemble au made in France.

 

Ce compagnonnage est un succès et vous ne comptez pas vous en arrêter là !

Nous travaillons constamment à de nouveaux projets. Le dernier en date est ce rapprochement avec l’école de la chambre syndicale de la couture. Celui-ci va conduire à la création d’une école de quelque 1000 étudiants et va forcément induire de nouveaux liens entre Première Vision et cette nouvelle institution.